wonder.land, quand le digital s’empare des planches

Et si le Pays des merveilles était un monde virtuel, et Alice un avatar ?

A la croisée du théâtre et des nouvelles technologies, wonder.land est la dernière création du London National Theatre, une comédie musicale signée Damon Albarn, Moira Buffini et Rufus Norris, librement adaptée du roman de Lewis Carroll Alice au Pays des merveilles. Relecture du classique à destination de la génération connectée, wonder.land est prolongé par une série d’expériences digitales conçues pour immerger le public dans le monde d’Alice à l’aide de dispositifs de réalité virtuelle, réalité augmentée, et d’interactions à base de contrôleurs Kinect.

A l’occasion de la projection au Festival de Sundance de fabulous wonder.land, le clip vidéo en animation et VR inspiré par la pièce, nous nous sommes entretenus avec Toby Coffey, directeur du digital au National Theatre, pour évoquer comment les contenus immersifs peuvent enrichir l’expérience du théâtre.

Comment êtes-vous venu à la réalité virtuelle ? Qu’est-ce qui vous a incité à expérimenter ce nouveau média ?

Les narrations immersives s’inscrivent naturellement dans le travail que nous effectuons au National Theatre. Je me suis intéressé au potentiel de certaines technologies pour enrichir le travail scénique, en testant l’Oculus Rift, en participant à des ateliers, afin de comprendre comment une institution théâtrale pouvait bénéficier d’un investissement dans ces environnements. Lorsque nous avons su qu’il y aurait un volet digital autour d’Alice, nous avons réfléchi aux directions que cela pouvait prendre. Dans le spectacle, Alice est l’avatar d’Ali, une ado lycéenne… qui a des problèmes d’ado. Le terrier du lapin est internet et wonder.land l’univers en ligne où elle s’évade et qu’elle peut contrôler.

Le terrier du lapin est internet et wonder.land l’univers en ligne où elle s’évadeLorsque nous avons commencé à imaginer le type d’interactions que nous voulions pour enrichir le spectacle, on nous a suggéré de développer un jeu, mais j’ai estimé que c’était une option pas assez immersive. Nous avions à cœur d’utiliser le digital pour offrir au public une expérience unique qu’ils ne pourraient pas vivre autrement.

Alice au Pays des merveilles est un matériau rêvé pour des déclinaisons digitales, en raison de la quantité d’angles offerte par le récit. Dès le départ, nous étions convaincus que la meilleure direction serait de permettre au spectateur de faire l’expérience du Pays des merveilles en s’engouffrant dans le terrier, en devenant aussi petit qu’une souris ou aussi grand qu’une maison.

VR experience

Quel a été votre rôle de producteur sur le volet en VR ?

En tant que responsable du développement digital au National Theatre, j’assure le développement créatif et technique des interfaces entre nous et notre public. Mon rôle ici a été de concevoir le projet collaboratif entre le National Theatre, 59 Productions et Play Nicely. 59 Productions a conçu wonder.land, le monde projeté sur scène pendant le spectacle. Nous avons ensuite travaillé avec Play Nicely pour intégrer l’univers dans le volet VR. Ce fut une collaboration extrêmement enrichissante.

Nous avons également travaillé avec les décorateurs Rae Smith et Tom Paris pour créer une installation physique de l’univers scénique qui s’étend jusque dans la rue. Dans le spectacle, Ali se connecte souvent à wonder.land sur son téléphone depuis les toilettes de l’école; nous avons donc reconstitué les toilettes dans l’espace dédié à l’installation. Assis sur les toilettes, équipé d’un Oculus Rift, vous faites l’expérience en VR. C’est un bonus que le public a vraiment apprécié.

Quels défis avez-vous dû relever en produisant en VR ?

La plupart des défis sont de nature technique, comme avec toute nouvelle technologie que l’on expérimente. Il nous a fallu du temps pour trouver le placement de caméra idéal et les meilleurs choix en matière d’optimisation pour capturer la meilleure performance possible. Ça nous a demandé beaucoup de tests, car il s’agit d’un espace très interactif dans lequel des milliers d’éléments sont en mouvement. L’espace réagit à votre présence, ainsi qu’à la musique. Nous avons voulu intégrer le maximum de détails possibles sans dégrader la performance.

Il y a certaines choses que nous n’avons pas pu réaliser, en raison de la puissance de calcul nécessaire à restituer ce type d’environnements. C’est sans doute le défi majeur que nous ayons eu à relever. Plutôt que de parler de défis, je dirais que tous ces processus nous ont servi d’apprentissage. Que se passe-t-il quand l’environnement réagit à votre présence ? Que se passe-t-il quand il ne réagit pas ? Comment créer un point d’attention pour que le public regarde dans la bonne direction au moment où vous le souhaitez ?

Comment voyez-vous les expériences immersives évoluer au sein du paysage narratif ?

Je pense que leur apport sera immense, même si nous n’en sommes qu’à leurs premiers balbutiements aujourd’hui. Nous ne savons pas exactement quelle direction tout cela va prendre. Nous nous sommes investis dedans en tant qu’institution car notre métier repose sur la création d’histoires immersives. Nous échangeons beaucoup avec les auteurs et metteurs en scène. Lorsqu’ils font l’expérience de la VR pour la première fois, ils comprennent très bien comment de tels dispositifs peuvent venir enrichir l’expérience du théâtre.

Ce type de narration immersive est l’illustration parfaite des nouveaux paradigmesIl nous faudra probablement un ou deux ans d’expérimentations pour intégrer représentation théâtrale et réalité virtuelle. A l’échelle de l’industrie du spectacle, ce type de technologie va avoir un impact immense. J’ai observé les réactions des personnes qui l’essaient, et vous pouvez voir à quel point les gens sont littéralement transportés par ces nouvelles expériences. Ce type de narration immersive est l’illustration parfaite des nouveaux paradigmes.

La réalité virtuelle reste une expérience indivuelle. Comment peut-elle rivaliser avec la dimension sociale du spectacle ?

Il est encore trop tôt pour répondre à ces questions, nous y verrons plus clair d’ici un ou deux ans. Il est peu probable que les spectateurs en viennent à porter un casque pendant toute la représentation. On ne trouvera pas la clé tout de suite. Il faut également réfléchir au type d’équipement utilisé dans l’auditorium, où la réalité virtuelle n’est pas forcément le meilleur choix. Il faudra peut-être regarder du côté de la réalité augmentée, et garder la VR pour des expériences hors les murs.

Nous avons besoin de tester tout cela en permanence. Nous avons la chance que le National Theatre soit une institution très innovante. Les metteurs en scène sont aussi très innovants et prêts à expérimenter. Aujourd’hui, je dirais «restons attentifs à ce qui se passe et nous finirons par trouver les réponses».

Y a-t-il des contenus en VR qui vous ont enthousiasmé récemment ?

J’ai vu un très bon film qui s’appelle Simon produit par Surround Vision, qui était projeté dans le cadre du BFI London Film Festival. C’est une expérience très touchante. Il y a aussi beaucoup de choses intéressantes à Sundance. L’installation d’ILMxLab est incroyable, même si elle est courte. En entrant dans la pièce, ça ressemble à une projection classique, mais dès que vous enfilez les lunettes, vous êtes totalement immergé dans la scène. C’est impressionnant, et très encourageant.

C’est peut-être dans ce type de dispositifs que le théâtre immersif et la VR ont un avenir commun, car vous pouvez vous promener au milieu des personnages, tout en étant avec vos amis. Il y a plein de choses très intéressantes qui se développent dans ce secteur.

Quels sont vos projets après fabulous wonder.land?

Je m’intéresse aux nouvelles écritures, notamment la vidéo 360° pour raconter des histoires immersives. Nous allons bientôt organiser un atelier autour de la vidéo 360°. Il se passe des choses formidables dans le documentaire immersif, et nous avons envie d’explorer le champ des possibles côté fiction.

Site officiel de wonder.land
wonder.land sera présenté du 7 au 16 juin 2016 au Théâtre du Chatelet à Paris.
Appli fabulous wonder.land pour iPhone & iPad
Appli fabulous wonder.land App pour Android

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Expériences
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  • wonder.land, quand le digital s’empare des planches – Numérique, spectacle et archives
    15 mars 2016 at 14:09
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    […] Sourced through Scoop.it from: imm3rsive.com […]

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