‘I, Philip’, en immersion dans l’esprit numérique de Philip K. Dick

Un court métrage en 360° stéréoscopique qui propose de s'immerger dans l'imaginaire de l'un des maîtres de la SF.

Présenté dans le cadre d’une programmation spéciale d’ARTE consacrée à Philip K. Dick, I, Philip est un court métrage immersif de 12 minutes, véritable fiction en 360° relief qui promène le spectateur dans l’esprit numérisé de celui qui fut l’un des plus grands auteurs de science-fiction du siècle dernier.

Inspirateur de Blade Runner, Total Recall ou Minority Report, Dick était un romancier perdu dans son imaginaire, en proie à des doutes paranoïaques et conspirationnistes. Au cours de son existence, il avait fini par n’accepter la réalité que comme une illusion parfaite qui trompait ses sens. Ses congénères étaient-ils des robots ? Lui-même vivait-il dans une réalité parallèle ?

I, Philip

Le film s’ouvre au cœur d’un cube tridimensionnel. Je flotte en apesanteur dans un immense décor pixélisé de bibliothèque numérique, à mi-chemin entre Tron et Interstellar. La couleur, la lumière et le relief sont tout à fait saisissants, malgré le voile imposé par l’écran du smartphone. Des voix fantomatiques retentissent dans le casque audio qui reproduit assez bien les sons de ce nouvel environnement. Je regrette toutefois qu’ils ne soient pas aussi immersifs que le spectacle visuel qui s’offre à moi.

Une fois la découverte passée, je me retrouve dans la tête de Philip K. Dick, ou plus exactement dans la tête de Phil, un androïde habité par l’esprit de l’auteur, créé en 2005 par l’ingénieur en robotique David Hanson. Posé sur la scène d’un amphithéâtre, j’assiste à une conférence dont je suis le sujet. La surprise de l’expérience s’évanouit progressivement, pour laisser place à la question qui vient régulièrement hanter le spectateur en immersion : “Que fais-je ici ?”. J’avoue ne pas avoir trouvé grand-chose à répondre. J’observe les dialogues alentour en attendant la scène suivante.

Le choix de raconter une histoire du point de vue d’un avatar est fidèle à l’esprit de Dick, mais révèle toutefois les limites d’une perspective à la première personne sans interaction possible. J’aimerais me déplacer avec la caméra pour pouvoir agir sur ce petit monde et profiter d’un peu d’action. Je suis sous cloche, au musée. Une frustration due au fait que je réponds à des questions sans jamais disposer de mon corps.

I, Philip

Avec 4 mois de post-production et un budget de 450 000 euros, I, Philip est une œuvre ambitieuse qui ouvre des perspectives intéressantes pour la fiction immersive. Porté par une production et des décors très soignés, avec une mention particulière pour la musique originale signée Rone, le film défile avec un plaisir des yeux sans cesse renouvelé, mais l’histoire peine à m’embarquer.

Avec un champ de vision ouvert à 360°, mon attention n’est plus focalisée sur un cadrage unique et se disperse. Malgré des comédiens (bien dirigés) qui s’adressent à moi directement, je décroche, préférant tourner la tête pour repérer un bout du décor, apercevoir un personnage passer derrière moi ou voir à quoi ressemblent mes pieds.

Que reste-t-il une fois le casque posé ? La sensation d’avoir vécu une expérience nouvelle et enivrante, qui révèle implicitement les limitations actuelles du média 360° en terme de narration – mais aussi celles du rôle du spectateur, pour qui la liberté de mouvement s’apparente encore à un gimmick qui l’éloigne de l’histoire. A défaut d’affirmer une grammaire narrative, I, Philip réussit son pari expérientiel, et il convient de saluer le travail de pionniers mené en Europe par ARTE et Okio Studio sur le segment naissant du cinéma immersif.

I, Philip

I, Philip

2016, 12 minutes
Réalisation : Pierre Zandrowicz
Ecrit par Pierre Zandrowicz et Rémi Giordano
Une co-production ARTE France, OKIO Studio, Saint George

Le film est accessible en visionnage sur ARTE Creative et dans l’application ARTE360 (comptez entre 1,7 et 2,5 Go de téléchargement suivant la version). Il sera disponible cette semaine en téléchargement sur Oculus Store et Steam VR. Une version avec son spatialisé sera disponible au moment de la sortie commerciale de l’Oculus Rift.

Site officiel I, Philip
Application ARTE360 : iOS / Google Play
I, Philip – Teaser pour Oculus (mp4)
I, Philip – 360° Teaser (YouTube)

I, PHILIP
6.8
I, PHILIP
  • IMMERSION
    7
  • HISTOIRE
    6
  • VISUELS
    8
  • SON / MUSIQUE
    7
  • CONFORT / Expérience utilisateur
    6
Categories
CinémaCRITIQUES
One Comment
  • imm3rsive | 3 questions à Pauline Augrain, responsable de la création numérique au CNC
    7 juin 2016 at 08:33
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    […] ‘I, Philip’, en immersion dans l’esprit numérique de Philip K.… […]

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